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Scientia - Vol. VII/Congrès et Réunions XIII

Congrès et Réunions XIII

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Revue Scientifique Nouvelles diverses XIII
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NOTIZIE



CONGRÈS ET RÉUNIONS


III. Congrès de la Société italienne pour le progrès des sciences.


Le Congrès s’est réuni à Padoue du 20 au 25 septembre 1909. Le discours d’inauguration prononcé par Luigi Luzzatti, et publié dans la Nuova Antologia, se rapporte aux «Progrès de la science en Italie» et à «L’insuffisance de l’école et de ses institutions». L’auteur a tracé un tableau d’ensemble de l’état de chaque science, et venant ensuite à parler des écoles, il s’est demandé si, en Italie, la distribution de la science est aussi avancée que sa production, et il a conclu en souhaitant des réformes nécessaires dans tous les degrés de l’enseignement public.

Il y a eu trois conférences générales à sections réunies: Camillo Golgi, sur l’évolution des doctrines et des connaissances touchant le substratum anatomique des fonctions psychiques et sensorielles; Luigi Pigorini, sur les premiers habitants de l’Italie; et Francesco Severi, sur les hypothèses et les réalités dans les sciences géométriques. Quelques-unes de ces conférences auraient donné lieu à une discussion intéressante à laquelle on a regretté de devoir renoncer à cause de la distribution des heures pour les réunions.

Outre ces conférences, on a entendu plusieurs rapports de classe sur des thèmes généraux; nous remarquerons entre autres celles de Scialoja, de Benini, de Parodi dans la classe de sciences sociales.

Dans cette même classe, et particulièrement dans la section économique, il y a eu une discussion intéressante sur les classes moyennes.

La classe biologique a tenu toutes ses réunions sans être divisée en sections, et cela à la grande satisfaction de tous ceux qui y ont pris part.

Cela a rendu possibles des rapports d’intérêt communs aux différents biologistes et des discussions intéressantes entre eux. Nous signalons particulièrement les rapports suivants: Giuseppe Levi, sur les rapports entre structure et fonction; Filippo Bottazzi, sur des propriétés nouvelles de quelques colloïdes organiques; Romualdo Pirotta, sur la parthénogenèse chez les plantes; Paolo Enriques sur la sexualité des infusoires.

La communication de Sergi sur les méthodes de l’Anthropologie n’a point soulevé de discussion, quoique l’orateur ait traité des questions ayant de l’importance non seulement pour les anthropologistes, mais aussi pour [p. 212 modifica]les morphologistes en général. Cela tient peut-être à la circonstance que dans cette première réunion les biologues, se trouvant pour la première fois assemblés sans distinction de sections, ne s’étaient encore suffisamment accordés entre eux. C’est à la même cause — la nouveauté de cette expérience — que l’on doit attribuer quelques inconvénients que nous croyons utile de signaler ici: le fait que quelques-unes d’entre les communications présentaient un intérêt trop spécial, et que les organisateurs du congrès n’ont pas eu l’idée de disposer l’ordre des travaux de manière à renvoyer ces thèmes spéciaux aux dernières séances.

Dans la classe physico-mathématique une discussion très importante a été provoquée par le rapport de Tullio Levi-Civita sur la théorie des électron. Et puisque c’est là une question d’actualité qui offre un haut intérêt théorique, nous nous flattons que nos lecteurs nous sauront gré d’en exposer le contenu en quelque détail.

Suivant Levi-Civita, on n’a pas encore des raisons suffisantes pour être certain que les radiations électriques, ainsi que les rayons β et les rayons cathodiques, soient constituées par des parcelles électriques se suivant avec une grande vitesse mais à une grande distance l’une de l’autre (régime balistique); on pourrait penser, au contraire, qu’elles sont serrées de manière à former comme un jet continu (régime hydraulique), car cette conception suffit pour justifier les résultats expérimentaux connus, tels que la déviabilité électrique et magnétique, le transport de charges électriques etc. Levi-Civita développe dans ses détails cette théorie qui offre l’avantage de rendre inutiles les hypothèses particulières faites par Lorentz-Einstein, Abraham et Langevin sur les liens cinématiques intérieurs de l’électron, desquels dépendrait la forme de celui-ci dans le mouvement. Il rappelle à ce propos les difficultés que ces théories auraient encore à surmonter lorsqu’un examen critique plus soigné parviendrait à établir la vérité de l’hypothèse fondamentale commune à toutes, celle du régime balistique. Une expérience décisive entre l’interprétation balistique et l’hydraulique se déduit des calculs de Levi-Civita, et précisément la déviation subie en un champ magnétique par les rayons cathodiques devrait être, suivant cette dernière, à peu près inversement proportionnelle à l’intensité du courant dans le tube.

Max Abraham, présent à la réunion, fait la remarque que cette dernière conséquence mène à cette autre, que l’intensité du courant doit être proportionnelle à la racine carrée de la chute de potentiel, et il ne sait voir quelle serait la cause de cela. Il reconnaît que la dynamique de l’électron présente encore des points obscurs; et en tout cas il ne croit pas que l’expérience puisse, dans les conditions actuelles, décider entre les diverses hypothèses avancées par rapport à sa forme dans le mouvement.

Corbino rappelle les anciennes raisons qui déposaient déjà décidément en faveur de la théorie balistique; particulièrement la constance du rapport e (entre la charge électrique et la masse apparente de l’électron hypothétique) reconnue au moyen des rayons cathodiques, des ions photoélectriques et des centres d’émission de la lumière (phénomène Zeeman), tandis que dans les deux derniers cas on a sans aucun doute affaire à une distribution discrète, nettement discontinue des électrons. Il rappelle les expériences de Rutherford et Geiger sur les rayons α qui en démontrent [p. 213 modifica]nettement le caractère discontinu, et celles de Regener sur les rayons β qui sont eux aussi capables de provoquer des éclairs soudains dans le spinthariscope de Crookes. Quant à l’influence de l’intensité du courant, il rappelle la constance des valeurs obtenues au moyen de flux très faibles (ions photo-électriques) ou de courants très intenses (tubes Wehnelt à cathode incandescent) de sorte que l’influence de l’intensité est à considérer comme insignifiante. La théorie électronique de la conduction métallique porte à la même conclusion. Il invite enfin les mathématiciens à accepter avec confiance la vérité de la conception balistique et à perfectionner en conformité leur admirable instrument analytique.

Righi fait des observations sur l’explication de la déviabilité dans la théorie hydraulique, et rappelle les difficultés analytiques de la théorie balistique et des conceptions sur la forme de l’électron en mouvement, entre lesquelles il est difficile que l’expérience puisse décider.

Avant de clore le Congrès, la Société s’est occupée, conformément à ses statuts, du renouvellement des charges pour deux années; ont été élus: président, Giacomo Ciamician: vice-présidents, Francesco d’Ovidio et Giulio Fano.

Le prochain congrès aura lieu à Naples en 1910.


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Congrès de l’Association française à Lille en 1909.


L’Association française pour l’Avancement des Sciences a tenu en août 1909 son 38me Congrès annuel à Lille. La grande cité industrielle du Nord de la France avait déjà reçu l’Association en 1874: et la réception qu’elle lui a faite en 1909 n’a pas été moins cordiale. Le volume offert par le Comité local d’organisation aux membres présents au Congrès fut cette année particulièrement important: qu’il suffise de dire qu’il est avant tout consacré à la description des établissements d’instruction et d’assistance publique dont est justement fière la Ville de Lille. Plusieurs de ces établissements ont été l’objet de visites: nous citerons, pour nous borner, le magnifique Institut Pasteur dont les honneurs ont été faits à l’Association par le professeur Calmette en personne, et qui semble être le plus parfait établissement de ce genre.

La séance ouverte, le discours d’inauguration fut fait par le Doyen Landouzy, à qui revenait cette année la charge de présider l’Association.

Ce soin reviendra l’an prochain, à Toulouse, à M. le Docteur Gariel, ancien secrétaire général de l’Association depuis sa fondation jusqu’en 1907, et président pour 1910.

En 1908, à Clermont, l’Association avait institué une heureuse innovation. Elle avait décidé de décerner chaque année une grande médaille d’or de 3000 frs. à un savant, français ou étranger, à qui elle demanderait de venir faire à l’un de ses Congrès, et dans la ville même où il se tient, [p. 214 modifica]une conférence publique. Sir William Ramsay inaugurait cette tradition en 1908 au théâtre de Clermont, avec un éclat que l’on n’a pas oublié. Cette année M. Henri Poincaré a fait au théâtre de Lille une conférence sur la «mécanique nouvelle», où les lecteurs de ses articles et de ses livres ont retrouvé avec plaisir les idées originales auxquelles l’illustre savant a fait une belle fortune.

Quelques jours après, le Commandant Renard exposait, dans un des théâtres cinématographiques de Lille, le mécanisme et la théorie de l’aviation avec une précision et une clarté qui rendaient accessible à un nombreux auditoire tout l’essentiel de l’invention nouvelle.

Enfin M. le Docteur Calmette a, le jour même où il avait dirigé la visite de son Institut Pasteur, parlé à la Salle de la Société industrielle du problème de la vaccination contre la tuberculose en une langue, sobre et claire, d’où se dégageait une émotion comnmnicative.

Aux réunions qui ont lieu dans les diverses sections de ces Congrès sont rarement communiquées des découvertes sensationnelles, bien qu’elles aient parfois la primeur de nouvelles scientifiques intéressantes, telle la nouvelle de la découverte du krypton et du xénon dans des gaz venus du sol par l’intermédiaire de sources minérales, que M. Moureu a apportée à la section de chimie; les chimistes ont accueilli, avec d’autant plus de faveur cette nouvelle inédite, que jusqu’ici ces deux gaz rares avaient été exclusivement rencontrés dans l’atmosphère, et n’avaient pas été, comme l’hélium et l’argon, trouvés dans des gaz venus du sol. Mais il faut reconnaître que l’intérêt de ces réunions consiste surtout en des échanges d’idées, et en des échanges d’idées entre spécialistes appartenant à des sections différentes, ce que permettent moins aisément les séances des sociétés limitées à une seule branche de la science.

Pour nous borner aux sciences mathématiques et physio-chimiques, on peut en citer deux on trois exemples. M. Belot, qui avait déjà présenté au Congrès de Clermont un intéressant essai de cosmogonie tourbillonnaire, à montré à Lille comment l’hypotèse dualistique qu’il substitue au monisme du système de Laplace lui permet d’expliquer la formation de nébuleuses spirales: il suffit ici de partir du choc d’un tourbillon gazeux sur une nébuleuse amorphe. De même si l’on restitue son importance à l’idée d’une translation d’un système en rotation — idée absente de toute l’oeuvre de Laplace — on arrive à mieux comprendre la formation du relief de la terre. Il en résulte, dit M. Belot, que la cosmogonie devient un chapitre de la balistique et que tout astre en formation doit être considéré comme un projectile allongé (tube tourbillon) se déplaçant dans un milieu résistant (nébuleuse amorphe). Par suite la terre doit être renflée vers l’avant de sa trajectoire d’entraînement, c’est-à-dire du côté du pôle Nord, et effilée vers l’arrière, c’est-à-dire du côte du pôle Sud, et l’on explique ainsi que la rotation ait déformé vers l’ouest les continents de l’hémisphère austral. Et devant les sections de mathématiques et d’astronomie, M. Belot a répété une curieuse expérience, suggérée par sa conception et dans laquelle une grosse boule de terre glaise commençant à sécher, formée autour d’un tube cylindrique qu’on peut légèrement tordre, prend par cette torsion une conformation superficielle qui reproduit certains traits caractéristiques du relief terrestre. Il est intéressant que [p. 215 modifica]cette expérience ait eu pour témoins, non seulement les membres des sections de mathématiques et d’astronomie, mais aussi plusieurs physiciens et la section de météorologie tout entière.

Par contre. M. Belot était présent à la séance de la section de météorologie, et prenait part à ses débats, lorsque celle-ci, d’accord avec la section de physique, tenait dans le bel Institut de physique de la Faculté des Sciences, une réunion commune consacrée à la discussion de sujets connexes. M. Gabriel Guilbert présentait à la réunion son beau livre, qui venait de paraître, sur une «nouvelle méthode de prévision du temps», et M. Brunhes profitait des ressources de l’Institut et de la complaisance du personnel pour répéter devant un nombreux auditoire l’expérience fondamentale qui, selon lui, donne à la fois la justification et la clef des règles de M. Guilbert: cette expérience consiste, comme ou sait, à faire agir un courant d’air horizontal sur un tourbillon vertical: si le tourbillon est sinistrorsum, le courant horizontal, lancé droit sur le tourbillon, a pour effet de le déplacer sur sa gauche. M. Turpain dont les travaux font autorité en matière d’applications des ondes hertziennes, apportait à cette réunion commune le résultat d’essais qu’il a entrepris à l’Observatoire du Puy de Dôme, d’accord avec le météorologiste résident M. David, et présentait des feuilles d’inscription des décharges atmosphériques obtenues par M. David dans des conditions de régularité et de netteté qui ont fait grande impression sur les assistants. De même des courbes d’inscription de courants telluriques entre les deux stations de l’Observatoire du Puy de Dôme attiraient à la fois l’attention des physiciens proprement dits et des météorologistes.

La section de chimie, elle aussi, n’a pas manqué de communications de nature à intéresser les physiciens. M. Matignon lui avait réservé de nombreuses communications sur les équilibres chimiques, développement et application à des exemples concrets des idées qui font l’objet de son enseignement au Collège de France. En particulier l’étude des réactions de dissociation dans lesquelles un ou plusieurs solides donnent lieu au dégagement d’un gaz, l’a conduit à l’énoncé de lois assez générales pour qu’il ait pu annoncer à l’avance une quantité de réactions devant s’effectuer dans des conditions de température que l’expérience est venue exactement vérifier: action de l’acide sulfhydrique sur les carbonates alcalins, décomposition du chloroplatinate de potassium; on a nettement la sensation que, sur la base de la thermodynamique et en même temps sur une connaissance approfondie de la chimie expérimentale, il s’élabore ici une véritable mécanique chimique.

Ces exemples choisis montrent mieux qu’une plus complète, mais sèche, énumération des mémoires présentés, quel est véritablement l’esprit de ces Congrès.

Dans les sections d’hygiène, de pédagogie, d’électricité médicale (celle-ci toujours très suivie dans les Congrès successifs), la réunion de savants adonnés à des disciplines diverses conduit de même à des discussions souvent fécondes et à des échanges d’idées bien faits pour combattre les inconvénients qui résultent de la spécialisation croissante. C’est en ce sens que l’Association continue à jouer ce rôle utile, et que les Associations qui, à côté d’elle, dans des pays voisins, s’inspirent de son [p. 216 modifica]exemple, méritent la faveur de tous les hommes de science. Aussi l’Association française a-t-elle été particulièrement sensible aux paroles d’amité, et de remerciement que lui adressa, très chaleureusement, dans la dernière séance le représentant de l’Association italienne pour le progrès des Sciences.

(Relation de M. B. Brunhes).



XVI.e Réunion générale de l’Association géodésique internationale.

La 16.e réunion générale triennale de l’Association qéodésique internationale a eu lieu du 21 au 28 septembre dernier. Les séances se sont tenues en partie à Londres, en partie à Cambridge.

On sait que cette association a eu son origine en 1864 par l’initiative de l’illustre général prussien Bayer (qui a été le collaborateur de Bessel dans l’exécution de travaux géodésiques et astronomiques très importants en Prusse) et a eu pour but de faire converger tous les travaux géodésiques et géodesico-astronomiques, que les divers États étaient amenés à entreprendre pour leur propre cartographie, au problème grandiose de la détermination de la figure et des dimensions de la Terre. Elle a été d’abord connue sous le nom de Commission pour la mesure des degrés dans l’Europe moyenne (Europäische Gradmessung Kommission) et presque toutes les nations civilisées d’Europe y ont alors adhéré par leurs travaux et par une contribution annuelle; à leur exemple, les nations civilisées de tout le monde envoient actuellement à ces réunions triennales leurs représentants pour rapporter sur les travaux exécutés et se fixer sur le chemin à suivre dans ceux qui restent à accomplir. Un bureau central (Central bureau der internationalen Erdmessung) établi à Potsdam et dirigé par l’illustre prof. Helmert est l’organe exécutif de l’Association. Il coordonne tous ces travaux et en déduit les résultats, qui sont publiés tous les trois-ans en de larges comptes rendus (Verhandlungen der internationalen Erdmessung).

On nourrit en outre l’espérance fondée que le Brésil et la Chine feront bientôt part à leur tour de l’Association.

Par suite des progrès dans les méthodes et du perfectionnement des instruments, le problème de la figure et des dimensions de la terre n’a pas tardé à appeler autour de lui, comme auxiliaires, des recherches d’un autre genre, si bien qu’il se trouve actuellement associé aux nivellements de précision, aux études sur les niveaux moyens des mers et sur les variations des pôles géographiques, à la détermination de l’intensité du poids, et des déviations de la verticale produites par les attractions des masses etc., et qu’il est en même temps relié à des questions très importantes concernant l’astronomie, la physique, la géologie, la géophysique et les sciences similaires; et quoique ce soit encore un problème peu connu du public, il est cependant honoré par la coopération d’illustres représentants de presque tout le monde civilisé.

C’est justement dans le but de donner une idée, quelque superficielle et incomplète qu’elle puisse être, de la portée de cette réunion, que nous avons cru qu’il ne serait pas inutile de dire ici quelques mots sur les [p. 217 modifica]travaux qui y ont été présentés et sur quelques-uns des principaux sujets qui y ont été traités.


1.ère Séance (21 sept. 1909).

Après la cérémonie d’ouverture, à laquelle assistait, en qualité de représentant du Gouvernement anglais, le Ministre de la Guerre Sir Haldane, et la commémoration des membres décédés depuis la dernière réunion qui a eu lieu à Budapest en 1906, le Directeur du Bureau Central de Potsdam, prof. Helmert, a lu son rapport sur l’activité du bureau même, où il a d’abord donné des informantions sur les stations internationales pour l’étude continuelle et systématique des variations du pôle géographique installées, depuis dix années environ, le long du parallèle boréal 39.° 08', lesquelles ont régulièrement fonctionné, ajoutant que les autres stations, que l’on a récemment établies dans l’hémisphère austral pour le même but, s’accordent dans leurs résultats avec les précédentes. Il informe en outre que les observations gravimétriqnes qn’on a exécutées sur les océans ont donné comme résultat une disbribution à peu près isostatique des masses dans l’Océan Pacifique et dans l’Océan Indien1. Il constate que nos connaissances par rapport à la forme de l’Ellipsoïde terrestre sont aujourd’hui fort avancées et que les travaux exécutés sur le continent américain ont conduit à des valeurs des éléments terrestres (grand axe et aplatissements) presque identiques à celles qu’ont données les travaux exécutés en Europe. Il annonce comme résultat des travaux de gravité que le géoïde terrestre ne peut s’écarter en hauteur de plus de ±100m de l’ellipsoïde de référence.

Albrecht informe que de nombreux observatoires astronomiques apportent spontanément leur collaboration active au service international pour l’étude des variations du pôle géographique.


2.e Séance (22 sept.).

Le général Madsen rapporte sur les travaux géodésiques exécutés en Danemark.

Darwin annonce que depuis quelques années on a entrepris de vastes travaux de triangulation au Canada, lesquels ont été rattachés à ceux des États-Unis.

Bourgeois lit un rapport général sur la mesure des bases géodésiques, ce qui donne occasion à une discussion très intéressante sur l’emploi, pour ces mesures, de l’appareil Jäderin avec fils et rubans en invar2.

[p. 218 modifica]Albrecht lit le rapport général sur les mesures de longitude, latitude et azimut.

Lallemand lit un rapport, général lui aussi, sur les nivellements de précision.

Hecker rapporte sur les résultats obtenus dans l’étude des déformations terrestres sous l’influence de la Lune moyennant le pendule horizontal de Zöllner.

Lallemand résume un mémoire, dont il est l’auteur, sur un sujet analogue, relatif à la détermination du coefficient d’élasticité de la croûte terrestre.


3.e Séance (23 sept.).

Gill lit un rapport général relatif à la mesure, en cours d’exécution, du grand arc de méridien africain depuis le Cap de Bonne-Espérance jusqn’à la Méditerranée.

Close rapporte sur une partie de ces opérations exécutées dans l’Ouganda.

Mc Caw rapporte aussi sur le même sujet relativement aux mesures dans le voisinage du Cap de Bonne-Espérance.

Kökling sur celles qu’on a exécutées en Egypte.

Darwin annonce qu’il va remettre directement aux comptes rendus son rapport général sur les marégraphes, car il contient une grande quantité de matériaux d’observation.


4.e Séance.

Boërsch lit le rapport général sur les déviations de la verticale.

Helmert met ces déviations en rapport avec les anomalies de la gravité qui se constatent dans les régions de la Baltique.

Backlund présente un rapport sur les travaux exécutés par l’expédition russe au Spitzberg.

Artamonoff rapporte sur les travaux exécutés en Russie.

Schmidt sur ceux de la Bavière.

Gautier rapporte sur les travaux suisses.

Tittmann lit un résumé d’un rapport complet sur les travaux exécutés aux États-Unis et sur la détermination de la figure de l’Ellipsoïde terrestre, déduite de ces mêmes travaux après y avoir introduit les corrections dues aux attractions des masses et indiquées par Hayford à la réunion de Budapest.

Helmert fait remarquer que, après les travaux exécutés aux États-Unis, la géodésie est entrée en une période nouvelle caractérisée par l’adoption de l’hypothèse de Pratt sur la constitution intérieure de notre globe.

Terao et Nakano rapportent sur les travaux exécutés au Japon.

Gillis sur ceux exécutés en Belgique.

Risopatron sur ceux du Chili.


5.e Séance.

Helmert rapporte sur les déterminations gravimétriques en général faisant remarquer que depuis 1906 on a exécuté 342 nouvelles déterminations de gravité.

Hayford présente les résultats des calculs qu’il a lui-même exécutés touchant l’influence de la correction topographique et de la compensation isostatique sur la valeur de l’intensité du poids en 56 stations des États-Unis. [p. 219 modifica]Comme résultat final, il indique que, d’après ces observations de pendule, la surface isostatique (ou de poids égal) se trouverait à une profondeur d’environ 113 kilomètres.

Eötvos lit, en l’abrégeant, un rapport sur les observations des variations de la pesanteur faites à l’aide de sa balance de torsion, moyennant laquelle il serait parvenu à constater des différences (négligeables cependant) dans la constante de l’attraction pour les diverses substances.

Bourgeois lit son rapport sur les travaux relatifs à la mesure de la nouvelle méridienne de France.

Lallemand rapporte sur les nivellements de précision français.

Celoria sur les travaux géodésiques et géodésico-astronomiques exécutés en Italie.

Bourgeois sur les travaux (déjà achevés) de la nouvelle mesure de l’arc de méridien du Pérou, annonçant la publication prochaine des résultats.

Von Bertrab sur ceux de la «Landes Aufnahme» de Prusse.

Haid sur ceux du Baden.


7.e Séance.

On donne lecture des rapports relatifs:

aux Indes, rapporteur - M. Buzzard
à l’Australie, rapporteur - M. Knibbs
au Canada, rapporteur - M. King
au Mexico, rapporteur - M. Valle
aux Pays Bas, rapporteur - M. Heuvelink
aux Indes orientales, rapporteur - M. Müller
à la Norvège, rapporteur - Geelmuyden
à l’Autriche, rapporteur - M. Weiss
à l’Hongrie, rapporteur - Eötvos
à la Suède, rapporteur - Le Secrétaire

Poincaré parle brièvement sur les signalations de l’heure en mer moyennant le télégraphe sans fil et annonce que ce service va bientôt fonctionner. Il s’occupe en outre de quelques modalités concernant l’application éventuelle des ondes hertziennes dans la détermination des différences de longitude.

La conférence a duré, ainsi qu’on l’a dit, une semaine environ pendant laquelle les congressistes ont été l’objet des amabilités les plus exquises de la part de Sir Darwin et de Madame son épouse ainsi que de plusieurs autres notables personnalités de Londres et de Cambridge, ce dont l’agréable souvenir ne s’effacera pas de si tôt de leur esprit.

(Relation de M. F. Guarducci)


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IIIe Congrès de la Société philosophique italienne


Ainsi que nous l’avons annoncé dans le numéro précédent de cette Revue, ce congrès, organisé par le Circolo di Filosofia de Rome, a eu lieu dans cette ville entre le 27 et le 31 octobre dernier. Le matin du 27 octobre le Président du Congrès, Giacomo Barzellotti, a lu le discours [p. 220 modifica]d’inauguration où il a relevé la grande signification du rapprochement entre la Science et la Philosophie, qui caractérise le mouvement moderne de la pensée.

Le même jour, dans l’après-midi ont commencé les rapports et les discussions, qui ont toujours continué avec une animation et un intérêt remarquables pendant les jours suivants. Cet intérêt du public constitue même la note dominante du Congrès, ce qui témoigne de la renaissance philosophique de notre pays: il suffira de dire qu’il y a eu plus de deux cents congressistes et que les réunions, toujours très fréquentées, ont parfois duré jusqu’à une heure après minuit.

Les courants spéculatifs les plus variés étaient représentés au congrès. Différentes tendances idéalistes par Alessandro Chiappelli, «Conditions nouvelles et courants vifs de la philosophie»; Bernardino Varisco, «Connaissances et Conventions»; et Igino Petrone, «L’hétéronomie comme moment du devoir»; le spiritualisme par Francesco de Sarlo, «Sur le concept de nature»; Giovanni Calò, «L’intelligibilité des rapports»; et Antonio Aliotta, «Sensation et réalité»; le positivisme critique par Roberto Benzoni, «Les résultats philosophiques de la critique à la Science»; Federigo Enriques, «La métaphysique de Hegel considérée d’un point de vue scientifique»; Erminio Iuvalta, «Postulats éthiques et postulats métaphysiques»; Erminio Troilo (l’infatigable secrétaire du Congrès), «Néo-idéalisme et néo-positivisme»; etc.

Le philosophe berlinois Gregorius Itelson a pris part au Congrès avec une critique du concept de vérité — en réfutant le pragmatisme — , et avec une communication historique sur «Lorenzo Valla comme logicien».

Ont surtout apporté des contributions importantes à l’histoire de la philosophie les admirables rapports de Giovanni Vacca sur «Les sophistes de la Chine» et de Carlo Formichi «les études sur la philosophie indienne», dont l’importance est grande, car ils tendent à recider les limites traditionnelles du domaine de l’histoire de la philosophie, en mettant en lumière ce qu’il y a encore de vivant et d’intéressant pour nous dans la pensée orientale.

Pour ce qui regarde d’une façon spéciale la Science, il faut avouer que la contribution des savants à ce Congrès-ci à été inférieure à celle qu’ ils ont apportée au précédent congrès de Parme. Citons un rapport de Luigi Amoroso sur «les interprétations mécaniques des phénomènes économiques», fort lucide, mais inspiré à des critériums formalistes plutôt que philosophiques; une communication de Torquato Armani sur «le principe de raison suffisante»; une autre de Silvestro Baglioni sur «le système: ses avantages et ses dangers», où l’orateur a posé un problème important qu’il n’a peut-être pas abordé par une analyse assez profonde; une belle étude sur «la psychologie des aveugles», par l’aveugle Romagnoli, etc.

Les discussions sur la philosophie de la religion, auxquelles a donné lieu d’abord un rapport de Salvatore Minocchi et ensuite une étude de Eugenio Rignano, ont été particulièrement animées. Minocchi représentait au Congrès le modernisme catholique, un modernisme quelque peu élargi, à la vérité, avec des intuitions bouddhistiques. Son rapport, remarquable par son élévation, s’est trouvé notamment en face de deux adversaires de foi opposée, Enrico Ferri et le père Agostino Gemelli; mais la discussion [p. 221 modifica]qui s’est ensuivie ne paraît point avoir fait avancer l’analyse du problème philosophique.

Le rapport de Rignano (qui paraît dans le présent numéro de la Rivista) a rallumé la discussion pendant la dernière journée du Congrès; l’explication sociologique du phénomène religieux — sur la base des critériums du matérialisme historique — a provoqué les critiques de Varisco, de Valli et de Enriques qui, tout en représentant des tendances diverses vis-à-vis de ce problème, se sont trouvés d’accord à considérer la religion comme foi dans la conservation des valeurs, et à soutenir la nécessité d’une explication psychologique qui tienne compte de la valeur idéale des croyances religieuses plutôt que de la structure sociale extérieure qui s’y rattache.

Avant la clôture du Congrès, la Société philosophique italienne s’est réunie en séance privée, où le président de la Société, Federigo Enriques, a rapporté sur les faits les plus remarquables de la vie sociale et particulièrement sur la préparation du Congrès international de Philosophie qui aura lieu à Bologne en 1911.


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Le Congrès de l’Association Séismologique Internationale.


Le troisième congrès du Comité de l’Association Séismologique internationale a eu lieu à Zermatt le 30 août. Trente-neuf États avaient envoyé leurs représentants. Le président, prof. Schuster, dans son discours a parlé de la nécessité de perfectionner les observations des mouvements du sol pendant les tremblements de terre de manière que les composantes des déplacements pirissent être déduites des résultats obtenus. On a présenté d’importants rapports sur les oscillations microséismiques qui ont récemment attiré l’attention en plusieurs endroits. Il faut distinguer deux espèces d’oscillations: les unes ont une période qui varie entre quatre et neuf secondes, les autres, une période de trente secondes environ. Les plus courtes sont souvent aperçues simultanément sur une très large zone de la surface terrestre. Galitzine à Poulkova, Hecker à Potsdam et Omori au Japon ont fixé, l’un indépendamment de l’autre, la même loi que l’amplitude de l’oscillation correspond à la longueur de la période. Le prince Galitzine a montré la possibilité de déterminer l’azimut du lieu d’un tremblement de terre en combinant les indications de deux séismographes placés de manière à donner le signe du déplacement en deux directions parfaitement à angle droit l’une par rapport à l’autre. Le prof. Omori a ajouté à son rapport sur les ondes microséismiques une communication sur le tremblement de terre de Messine.



Le Congrès international de Sciences Administratives.


Au mois de juillet de l’année prochaine, c’est-à-dire à l’époque de l’Exposition internationale de 1910, se réunira à Bruxelles le premier Congrès international de Sciences Administratives sous le patronage direct du Gouvernement belge. Le Comité du Congrès explique [p. 222 modifica]l’exprèssion «Sciences administratives» comme servant à indiquer l’ensembel des connaissances théoriques concernant le service, l’organisation, le mécanisme, et l’action des Gouvernements, l’étude des moyens les plus pratiques que ceux-ci peuvent employer.



La réunion annuelle de la British Association.


La réunion annuelle de la British Association a eu lieu pendant le mois d’août dernier à Winnipeg (Canada), sous la présidence de J. J. Thompson. C’est la quatrième fois que cette société s’est réunie hors des îles anglaises; les autres réunions ont eu lieu à Montréal en 1884, à Toronto en 1897 ed dans le Sud-Afrique en 1905. Ce Congrès a une importance spéciale, non seulement pour le Canada, où l’intérêt scientifique a fait beaucoup de progrès pendant ces dernières années, mais aussi pour les États-Unis. Le nombre des membres de la Société qui s’y sont rendus d’Europe a été de 500 environ, celui des congressistes se montait à près de 1500. La proposition de constituer une section séparée pour l’agriculture, qui forme actuellement une sous-section de la botanique, a été rejetée. Le prochain congrès aura lieu du 31 août au 7 septembre de l’année prochain à Sheffield sous la présidence de T. G. Bonney.

Note

  1. Ce n’est là que l’enonciation de l’hypothèse de Pratt suivant laquelle la quantité de matière existant le long de chaque rayon terrestre est à peu près constante; en d’autres mots, les affaissements et particulièrement les profondeurs marines se seraient formés par contraction radiale de la croûte terrestre, de sorte que les élévations montagneuses seraient compensées par des vides souterrains relatifs situés au-dessous d’elles.
  2. C’est là, on le sait, un alliage d’acier et de nickel (36 % de nickel) découvert en 1900 par Guillaume du Bureau Central des Poids et Mesures de Breteuil, lequel (seulement dans les proportions indiquées) jouit de la propriété remarquable d’avoir une dilatation très petite par rapport à tous les autres métaux.