Giro del mondo del dottor d. Gio. Francesco Gemelli Careri - Vol. VI/Lettera di Giovanni Basset

Lettera di Giovanni Basset

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Libro IV - X Indice delle cose più notabili
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Appena compiuta la stampa della presente opera ricevette l’Autore una lettera da Cina, scrittagli da Giovanni Basset Prete Missionario del Collegio di S. Germano di Pariggi; e recatagli da Monsignor Fra Giovanni Francesco di Leonessa Vescovo eletto Beritense, e Vicario Apostolico di Cina: e perche v’era alcuna cosa di curioso, volle fartene partecipe, colla seguente copia.


Al di fuori
A Monsieur
Monsieur Jean François Gemelli
a Naples
Al di dentro
Monsieur
J
’Ay appris avec une extréme consolation le bon succez de vôtre voyage a Manille, et la facilitè, que vous avez eu, d’y trouver passáge pour la nouvelle Espagne, durant que plusieurs Peruléros êtoient obligez d’attendre a une autre année. Je me rejouis, et vous felicíte, que tout vous reussisse a souhait. Je vous crois presentement au bout de vôtre carriére, qui n’est pas moindre, que le tour de tout le Monde. Je crois, que de nos jours il y a peu de vóyageurs, qui l’ait fait si heureusement, et avec des circostances si curieuses, que vous l’avez fait. Celle d’avoir êté droit a Pekins, [p. 482 modifica]en entrant en Chine, n’est pas une chose commúne, et il y a icì bien de Missionaires, qui l’admirent. Vôtre exemple animerà sans doute plusieurs curieux a vous imiter. Je me tiendray heureux, si par là, je trouve l’occasion, de voir icì souvent d’honnêtes gens, comme vous; et je me feray un plaisir iìnguiier de les servir en tout ce que je pourray. J’aurois bien voulu vous rendre quelque petit service, mais l’occasìon ne s’en est pas presentée; car pour tonts les rémerciments, que vous me faites, dans la 2. lettre, que vous m’avez fait l’honneur de êcrire, ce sont de purs effets de votre honnêtetè, que je ne meríte point. De mon côté je vous dois de veritábles rémerciments, pour le soin, que vous avez pris à Manille, d’éxecuter les commissions, dont vous avez bien voulu vous charger. J’ay reçeû les pepite de S. Ignace; pour le reste (je veux dire le choccolat, le pulvillo, et le baume) je ne l’ay point reçeu. Le P. Jayme Tarin ne s’est plus trouvé Commissaire, à l’arrivée du vaissau de D. Domingo. Le P. Augustin de S. Paschal, qui a êté au dit vaissau, pour rétirer tout ce, qui leur êtoit addressé; dit. qu’il n’y a point vû ces trois choses. Les uns disent, que peutêtre elles se sont perduës a la Doüanne, où l’on les a fripponné; mais je n’en crois rien, car la doüanne n’est pas un lieu, où les choses se perdent aisement; et le Chinois ne sont pas ordinairement tentez de fripponer ces choses, qui ne sont point a leux usage. D’autres disent, que le P. Miguel Flores, le Procureur de Françiscains de Manille, les avrà oubliées, et qu’elles viendront un’ [p. 483 modifica]autre année. Je vois a cela beaucoup plus d’apparence; mais quoiqu’il en soit, je vous ay toute la même obligation, que si je les avois reçeuës; vu que de vótre côté vous avez parfaitement accompli la commission: vous ne scauriez, Monsieur, me faire un plus grande plaisir, que me donner quelqu’occasìon, de vous témoigner ma éconnoissance. Je vous suis aussi tres-obligé, de m’avoir fait connoitre un’aussi galant’homme, qu’est el Señor Cavallero de Pozo. J’ay cherché des meilleurs Rossignols, et Xanhu 3 quej’ay pû trouver, que je lui envoyerai cetre année. Comme vôtre lettre ne m’a êté rendué, que fort tard, environ deux mois apres l’arrivée du vaissau; je n’ay pas eu tout le tems, que j’aurois souhaité pour les bien choisir. J’y suppliray l’année, qui vient. Par la même raison je ne vous envoyerai point cette année de tasses pour le chocolat: je n’en ay point vû a Canton de fines, telles que vous les souhaitez. Il y en a quantité de grossieres, mais il est inutile de vous en faire l’emplette. J’ ay êcrit pour en faire venir de Kiangsì; Dieu aidant, je vous l’envoyeray l’année, qui vient, par la voye, que vous me marquez, du P. Tutio; et j’espére, que vous en serez content: mais pour mois, je ne le seray pas, si vous ne m’ordonnez quelqu’autre chose, pour vôtre service. Comment puis-je assez rêconnoitre la bonté, que vous avez, non seulement de vouloir bien porter mes lettres en Europe, mais encore de vous donner tant de peine, pour me faire avoir des paviots; et pour m’envoyer du Kinkina de la nouvelle Espagne? et marquant [p. 484 modifica]ces choses dans mon memoire, ce n* etoit pas mon dessein de vous donner tant d’embaras.

Depuis vôtre depart cette Mission a perdu ses trois plus anciens Missionaires, les R. P. Greslon, le R. P. Valat, et le R. P. Intorcetta. Il y a peu de Missionaires, qui s’approchent de 20. ans de leur ancienneré. Ils êtoient les seuls, qui s’êtoient trouvez dans la derniére persecútion. Depuispeu nous avons aussi perdu ici le R. P. Jean Gomez Augustin. Tours les autres, graces a Dieu, se portent bien, et la Religion joüit a l’ordinaire d’une assez grande paix, et liberté.

L’Empereur fit l’anée passée deux voyages en Tartarie, avec une armée considerable. Dans le prémier, où il mena le P. Grimaldi, le P. Thomas, et le P. Gerbillon (un Pere de chaque Eglise) il remporta une victoire sur les Kaldans, ses ennemis. A son retour son fils ainé, qui avant son depart avoit êté aux principales Pagodes, pour leur demander un bon succez, y fut encore pour les rémercier; mais il alla aussi a l’Eglise des PP. Portugais, où il n’avoit pas êtè avant son depart. Il demanda en y entrant, si son pere, et son ayeul avojent jamais batu de la tête contre Terre, de vant l’Imáge de nôtre Seigneur; et ayant appris, que non, il prit cela pour une excúse de le commencer a le faire. Il demeura long tems avec les PP.; ce qui ne laissa pas de faire un bon effet dans l’esprit des Chinois, pour accrediter les Missionaires. Un Chirurgien de Macao, qui avoit suivi l’Empereur en Tartarie, dit ici, que le motif de cette visite, qu’avoit fait le [p. 485 modifica]fils de l’Empereur à l’Eglise des PP. êtoit pour témoigner, combien son pere, et luy agreoient le service, que leur avoit rendu le fseu P. Verbiest, en fondant des canons a la maniére d’Europe, et apprenant aux Chinois a les fondre. Il contoit, que l’armée de l’Empereur avoit serré les Kaldans entre des montagnes affreuses, qu’il ne pouvoient franchir; et qu’eux resolus a perir plutôt, qu’a se rendre, vinrent tête bassée fondre sur le Chinois. Les Chinois epouvantez se mirent en fuite, les Kaldans a les poursuivre, jusqu’ au rétranchement de l’Empereur. Comme ce rétranchement êtoit garni de bonne artillerie, l’Empereur la fit décharger si a propos, que les Barbáres, touts êtourdis, se mirent en fuite a leur tour, les Chinois en tuerent plusieurs, et en prirent quantité d’autres prisonniers. Voila ce que contoit le dit Chirurgien: je ne scai point encore, quel a ête le succez de la seconde expedition, qu’a fait l’Empereur. Il n’y a mené que le P. Ger billon; et il n’est qu’environ deux mois, qu’il en est révenu. Les Kaldans parloient de paix, mais l’Empereur a surpris de leurs let tres, qui ont fait voir, qu’ils n’avançoient des propositions de paix, que peur avoir le tems de s’allier à d’autres Tartares, et faire par lá une guerre plus longue.

Le porteur de celle cy sera, Dieu aldanc le tres Rey. Pere Jean Francois à Lionessa, qui suit vos traces, et vous conterà les autres nouvelles de cette Mission. Je me re’ commande a vos bonnes priéres, n’oubliant pas de me souvenir de vous dans les miennes, surtout à l’autel; et suis, avec une [p. 486 modifica]estime, et un’attachement particulier.

Monsieur.
a Chaò scheoü ce 25. Mars 97.

Vôtre tres - humble,
et tres - obeissant serviteur
Jean Basset.



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feuillet.


     Je me donneray l’honneur de vous êcrire par les vaissaux d’Europe a Rome: je vous prie de me mander à qui je dois addresser vos lettres a Rome. Je ne laisseray pas, en attendant, de vous êcrire, et j’addresseray mes lettres a nôtre Procureur de Rome.