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L'AVARE FASTUEUX 325

Dorimène. Oui, vous même, et votre trouble en confirme l’aveu.

Léonor. (A part) Ciel! me serois-je trahie? (à Dorimène) Ah! madame, qu’allez vous imaginer? iriez-vous le dire à ma mère? je serois perdue.

Dorimène. Non, non, ne craignez rien. Malgré le peu de confiance que vous m’avez témoigné, je vous aime trop pour chercher à vous faire de la peine... Mais voilà madame Araminte, nous causerons, nous verrons.

SCÈNE II

Dorimène, Léonor, Araminte.

Araminte. Eh bien, ma fille, ne finirez vous pas d’importuner madame?

Léonor. Je vous demande pardon.

Dorimène. C’est moi, madame, qui l’ai priée de me tenir compagnie.

Araminte. Vous avez bien de la bonté, madame; mais elle est devenue depuis peu si sombre, si triste.....

Dorimène. C'est qu’apparemment mademoiselle ne se porte pas bien; l’air de Paris peut-être ne lui est pas favorable.

Araminte. Point du tout. Depuis que je l’ai retirée chez moi, elle n’est plus reconnoissable, rien ne l’amuse, rien ne la distrait, point de chant, point de harpe, point de lecture. Je n’ai rien épargné, madame, pour lui donner des talens, et je l’ai fait avec le plus grand plaisir, attendu qu’elle avoit des dispositions très-heureuses; mais à présent qu’elle a tout negligé, cela me cause le plus grand chagrin, car autant j’aime les dépenses utiles, autant je regrette l’argent qui est mal employé.

Léonor. (A part) Elle a raison, je ne me reconnois plus moi même.

Dorimène. Vous verrez, madame....

Araminte. Si elle regrette le couvent, elle n’a qu’à parler.

Dorimène. Non, non, madame; je ne crois pas que cela lui cause la moindre peine.

Araminte. Mais d’où vient donc, ma fille, cette inaction, cette indolence, cette paresse? vous allez vous marier, vous allez