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littérature anglaise, et qu’ il aurait beaucoup mieux fait de s’en tenir á ses Corneilles et á ses Racines, sans aller tomber le sabre á la main sur des auteurs qu’il n’a point lu ou qu’il n’a point entendu. Il ne me reste plus qu’á l’assurer bien sérieusement que je ne crois pas, quoi qu’il en dise, qu’il ait lu les ouvrages de Goldoni. Je sens bien que je ne suis pas poli en lui parlant de la sorte; mais enfin, il faut que je sauve ici son honnéteté aux dépens de sa véracité, quoi qu’il m’en coúte. S’il avait lu les ouvrages de Goldoni, il ne lui aurait point écrit de «les avoir mis entre les mains de l’arrière-petite-fille du grand Corneille, afin qu’elle apprit le bon italien et la bonne morale en méme temps». Apprendre le bon italien chez Goldoni, dont le langage n’est qu’un mélange impur de nos dialectes avec du fran9ais? un potage tout aussi dégoútant que la langue d’Algarotti, du marquis Beccaria et du comte Verri? (i). Apprendre la bonne morale chez Goldoni qui, dans presque toutes ses pièces, mentre n’ avoir pas assez de sens common pour distinguer la vertu du vice, et qui les a pris l’un pour l’autre si fréquemment.’* Je n’ai pas grande opinion de la morale de monsieur de Voltaire lui-méme, s’il m’est permis de le juger sur quelques-uns de ses écrits, oú l’on trouve des traits fort lubriques, et dont bon nombre respire le plus choquant libertinage. Mal gre cela, je sais que monsieur de Voltaire est gentilhomme frangais, et qu’un gentilhomme frangais ne voudrait, pas méme quand il est un peu reláché dans ses mceurs lui-méme, contribuer le

(i) J’ai déjá dit ce qu’est l’italien d’Algarotti. L’ italien du marquis Beccaria ne vant pas mieux, soit dans son livre De’ delitti e delle pene, soit dans cet autre Dello stile. Mon pauvre comte Pietro Verri de Milan, en sa qualité d’écrivain, est encore pire qu’Algarotti et que Beccaria. C’est un cavalier fort rébarbatif, qui ne sait rieri de rien et qui a la rage de tout savoir. Algarotti était grand admirateur de monsieur de Voltaire, comma de raison. Beccaria et Verri le sont aussi ; mais, au lieu d’apprendre de monsieur de Voltaire á écrire leur langue avec pureté, comme il écrit la sienne, ils n’ont appris de lui qu’á décider de toutes choses d’un ton irapérieux, et sans avoir, ni l’un ni l’autre, la millième partie de son goút, de son savoir et de son feu. Malgré cela, ils out leurs admirateurs tout comme Goldoni, par la seule raison qu’«un sot trouve toujours un plus sot qui l’admíre».