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CHAPITRE HUITIÈME

— Mais á propos, monsieur de Voltaire, ou monsieur l’académicien de la Crusca, n’avez-vous pas dit, ou répété après bien d’autres fran^ais et bien d’anglais, que la langue italienne est une langue efféminée?

— Oui, sans doute, je l’ai dit, et je le dirai encore.

— Mais de gráce, monsieur, quelle est votre raison?

— Ma raison? La mème qu’en a donne le savant pere Bouhours dans ses Entretiens: que la langue italienne a beaucoup trop de voyelles et trop peu de consonnes.

— Voilá une raison merveilleusement bonne ! Les lettres de l’alphabet ont donc un sexe? les voyelles á ce compte sont dono des femelles et les consonnes des máles? Peut-on avoir le sens commun, et dire et répéter de telles absurdités! Mais que diriezvous, si je vous assurais que, chez nos poètes, notre langue n’a pas plus de voyelles et pas moins de consonnes que la vótre, chez les vótres?

Donnez-vous la peine, monsieur de la Crusca, de prendre au hasard une vingtaine de vos vers et des nótres de mème mesure, et de compter combien de voyelles il y a dans chaque vingtaine. \’ous n’en trouverez guère davantage dans notre vingtaine que dans la vòtre. Peut-étre pas deux ou trois sur chaque cent. Comptez après les consonnes, et vous trouverez que notre vingtaine en contient tout autant que la vótre. C’estlá une vérité arithmétique que je vous propose de chercher, et qu’un quart-d’ heure de loisir suffira pour que vous la trouviez.

Ce que je vous dis á vous par rapport á votre langue, je le dis de mème aux anglais par rapport á la leur, á cause que bien des anglais ont aussi sottement répété la sottise du pére Bouhours, que la langue italienne est une langue efféminée par la raison qu’il en donne. La langue anglaise n’a guère moins de voyelles et guère plus de consonnes que la nótre. Après