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en voyant votre heure dernière,

adressait á Dieu sa prière,

et pour vous tout bas murmurait

quelque oraison de son bréviaire,

qu’alors, contre son ordinaire,

dévotement il fredonnait,

dont á peine il se souvenait

et que méme il n’entendait guère.

Quelle profusion de rimes en «alt» et en «ère» ! (^). Si vous n’en aviez des charretées, les jetteriez-vous ainsi á pleines mains? Nous autres italiens, il faut que nous en soyons de beaucoup plus chiches, malgré la prétendue richesse que vous faites semblant de nous envier. Nous avons un ouvrage compose par Ruscelli et augmenté par Stigliani, intitulé Rimario, qui contient presque toutes nos rimes. C’est un volume in 8°, d’une épaisseur commune. Je ne sais si vous avez un recueil de cette espèce dans votre langue; mais, si vous l’avez et qu’il soit complet, j’ose dire que c’est un gros in-folio. Rien ne serait plus mesquin en italien, méme dans le plus bas burlesque, que de rimer quatre prétérits dans un sonnet, ou trois dans une octave. Dans la pièce ci-dessus vous en avez rime treize. Grand dieux ! cela fait fremir!

Il est vrai, comme vous dites, que tous nos mots dans leur état naturel achèvent tous par une voyelle, et que la plupart d’entre eux ne perdent cette voyelle finale que dans les vers. Il vous fallait pourtant ajouter que nous en avons des milliers, que nous appelons des «mots tronqués», «vocaboli tronchi-*, dont l’accent tombe sur la dernière syllabe: «cittá, libertá.

(i) Ces vers á la douairière ne sont encore rien. 11 n’y a lá que ving[t quatre vers en «ait» et en «ère». Daus le Comm^ntaire historique nous avons une autre pièce, également de sa fa^on, adressée au plus célèbre sculpteur de notre siècle, et qui commence par ces vers:

Monsieur Pigal, votre statue me fait mille fois trop d’honneur.

Cette pièce contient quarante vers, dont dix-neuf achèvent en «uè». pour rimer avec «statue», et vingt-et-un achèvent en «eur», pour rimer avec «honneur». Voilá une disette de rimes dans la langue fran9aise, qui est bien á déplorer !