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Il est si difficile d’ailleurs de devenir poète en écrivant dans notre langue, que nous aurions bien de la peine á compter dix personnes vraiment dignes de ce glorieux nom, commengant par Dante, qui naquit en 1265, et finissant par Metastasi©, qui est encore en vie. Dans mon particulier, je n’en compte que sept. Vous autres frangais, qui perfectionnátes votre langue deux bons siècles après nous, vous en comptez déjá un plus grand nombre que n’en comptent nos latitudinaires les moins scrupuleux. Me direz-vous encore, comme vous avez dit au pauvre Diodati, qu’«il est plus facile de faire cent bons vers italiens que dix bons vers frangais»? Que de jugements émanés de votre tribunal, qui sont sujets á appel comme d’abus!

Dans votre lettre á ce méme Diodati, vous vous plaignez que votre langue manque de rimes quand on la compare á la nótre. Vous dites que pour nos vingft rimes, vous n’en avez qu’une. Est-il possible que vous ayez pu dire cela après avoir fait les vers suivants ?

Savez-vous, gentille douairière(i),

ce que dans Sully l’on faisait

lorsqu’Eole vous conduisait

d’une si terrible manière?

Le malin Périgni riait,

et pour vous déjá préparait

une épitaphe familière,

disant qu’on vous repécherait

incessamment dans la rivière,

et qu’alors il observerait

ce que votre humeur un peu fière

sans ce hasard lui cacherait.

Cependant l’ Espar, la Vallière,

Guíche, Sully, tout soupirait;

Roussi parlait peu, mais jurait;

et l’abbé Courtin, qui pleurait

(i) Je copie ces vers tels que je les ai trouvés imprimés. Je crois que le premier n’est point comme l’auteur l’a écrit, parce qu’il a une syllabe de trop, á moins que les francais ne prononcent «dou-rière» au lieu de «douai-rière». Je ne suis pas assez francais pour savoir á quoi ni’en lenir, et je ne connais personne dans Londres á qui demander un éclaircissement lá-dessus.