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C’est la grande difficulté de bien rimer, qui a tant multiplié chez nous les faiseurs de vers blancs, qu’AIgarotti vous apprit á priser. Cependant cette sorte de vers n’est guère plus agréable en Italie qu’elle le serait en France, si les frangais donnaient jamais dans le tra vers de l’adopter. Rien n’est plus insipide, plus fatigant, plus ennuyant que les vers blancs. Qu’ils soient travaillés tant qu’on veut, on ne saurait en lire une centaine de suite sans báiller ou sans maudire l’auteur s’ils sont faibles. Malgfré cela, tout le monde en fait, parce que les italiens, á l’exception de mes piémontais (’), ont presque tous la manie des vers et voudraient tous ètre poètes, s’ils le pouvaient. Nous avons á la vérité quatre ouvrages en vers blancs, que presque aucun d’entre nous ose trouver mauvais; nommément La coltivazione rf^//’ Alamanni, Le sette gioi~nate del Tasso, Le api del Rucellai, et L’Eneide tradotta dal Caro. Il faut convenir que dans ces quatre ouvrages il y a de très beaux vers, á les considérer isolés; mais les vrais connaisseurs en fait de poesie les lisent peut-étre une fois en leur vie d’un bout á l’autre, et voilá tout. Personne ne saurait y revenir une seconde fois. Plusieurs prétendent les avoir lu deux et méme plusieurs fois; mais je crois qu’ils mentent. Ceux mème qui ont le goút gate, ne sauraient aller si loin. Il s’en faut de beaucoup aussi qu’on ait multiplié les éditions de ces ouvrages comme on a multiplié ceux de Dante, du Pétrarque, de l’Arioste et du Tasse, ou que des commentateurs les aient illustrés. Pour une édition des Sette giornate du Tasse, nous en avons au moins trente de sa Gerusalemme liberata. Je ne dirai rien de V Italia du Trissino, que vous avez eu la bonté de mettre au nombre de nos poèmes épiques. On la lit chez nous avec la mème avidité qu’on lit chez vous la Pucelle de Chapelain. En vérité, celui qui vous donna connaissance de ce prétendu poème épique vous a rendu un grand service!

(1) C’est une chose extraordinaire que le Piémont, pays tris peuplé, n’a jamais prodnit de p<)ète bon ni mauvais. On a remarqué en Angleterre qu’aucun écossais n’a jamais compose de comédie.