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intitulé Aspramonte , m cui si contiene la gíierra del re Giiarnieri ed Agolante coíitra Roma e Carlo Magno. Ce poème est écrit dans un mauvais langage, entramele de toscan et d’autres dialectes italiens: ce qui me fait croíre qu’il est plus ancien que le poème de Dante, puisque un peu avant Dante les italiens n’avaient point adopté le dialecte de la Toscane pour le meilleur de tous, et chaque écrivain se formait une lang^e á sa fantaisie. Je ne crois pas que personne sache aujourd’ hui le nom de l’auteur de ce poème A^ Aspramonte . J’en ai une édition de Venise, faite en 1615. Il me fallut chercher bien des années avant que de la trouver. Quoiqu’elle soit très fautive, je la garde comme une chose précieuse, parce que je considère ce poème comme la véritable source de notre mythologie épique, et si j’étais plus jeune, je serais tenté de faire de V Aspramonte ce que Berni fit de 1’ Orlando innamorato. Il en vaudrait la peine. Le pére Saverio Quadrio fait mention de cet ancien poème dans son Histoire de la poesie et des poètes italiens, imprimée chez l’Agnelli de Milan, en sept volumes in 4". Mais je ne me souviens plus de ce qu’il en a dit, et je n’ai point son ouvrage parmi mes livres. Il faut que cet Aspramonte fút généralement lu en Italie du temps du Boiardo, puisque Boiardo y fait allusion, tout comme l’Arioste dans un endroit ou deux. On ne le lit plus du tout aujourd’ hui. Les deux Orlando nous l’ont fait oublier depuis longtemps.

C est- lá la véritable et l’unique source de nos deux Orlando, et non pas le Mor gante, comme vous avez dit á táton, ou comme on vous a fait accroire. En vérité, monsieur de Voltaire, vous ètes tout á fait á jeun en fait de littérature italienne. Vous n’en savez absolument rien, quoique vous fassiez semblant d’étre un grand italianiste et que vous appeliez la langue italienne votre «maitresse». Répondez-moi d’un ton chagrin, que vous ne vous en étes jamais soucié, que vous la méprisez. Mais pourquoi vous étes-vous mèle d’en jaser á tort et á travers? que ne vous étes-vous tenu toujours coi dans votre coquille frangaise, sans venir arrogamment chercher noise á nos auteurs, que vous n’avez jamais su lire?