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méme qu’á la vótre, vous auriez dú dire: «un uomo che ha della fantasia e che scrive assennatamente» ; «un uomo d’ ingegno inventivo e che scrive con giudizio, con garbo, saviamente», ou autre chose semblable. C’était-lá votre pensée, je le sais bien; mais vous n’avez pas su l’exprimer. Vous voulez que Goldoni invente avec l’imagination. Invente-t-on par le moyen de quelqu’ autre faculté aussi? Vous le faites écrire avec le jugement. C’est ce qu’il n’a point fait. Il n’a écrit qu’avec une piume trempée dans Tenere. Le jugement aurait dú la diriger, cela est vrai; mais c’est ce que malheureusement n’a jamais été le cas, je vous en assure.

Vous avez aussi dit á Goldoni, dans cette méme lettre, que son amitié vous enchante, «la vostra amicizia m’incanta». Voilá encore un gallicisme: c’est-á-dire, un barbarisme selon nous. Quoi qu’en France on soit á tout instant «enchante de quelque amitié, de quelque connaissance, de quelque personne, de quelque ouvrage», sachez qu’en Italie rien n’est enchante que par les enchanteurs, et que rien n’ enchante que les enchanteresses, dont nous avons grand nombre, malgré l’ Inquisition qui défend aux gens de faire ce métier: témoin l’Arioste, qui dit au chant huitième:

Oh quante so7io incantatrici, oh quanti incantator fra noi che non si sanno/

Tout le petit billet-doux á monsieur l’avocat est dans ce goút. Il n’y a lá ni langue, ni grammaire, ni sens commun. C’est ce qui arrive aux gens qui veulent faire les braves dans des langues qui leur sont étrangères, sans s’étre au préalable donne la peine de les étudier.

Vous avez voulu prouver dernièrement que les lettres imprimées sous le nom du pape Ganganelli ne sont point de ce pape(’). Vous avez dit á ce sujet plusieurs bonnes raisons, j’en conviens; mais, fante de savoir l’italien, vous en avez oublié

(i) Voyez les lettres de monsieur de Voltaire imprimées á la suite de son Commentaire historique, á Báie, chez les héritiers de Paul Duker, 1776.