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Vous avez dú faire bien rire le bon pape Lambertini en lui disant gravement que votre tragèdie du Fanatisme est une satire des erreurs d’un faux prophète! «Una satira degli errori d’un falso profeta»! La dróle de satire contre les turcs qu’une tragèdie frangaise! Elle doit avoir bien fait enrager les janissaires! En vérité la chrétienté vous doit des remerciments de ce que vous avez ainsi culbutè l’Alcoran, malgrè la moustache grise du grand moufti! Mais, satire ou non satire, n’écrivez jamais plus á l’avenir, comme vous avez fait dans vos deux courtes lettres au pape: «profundo, summo, expresso, bella letteratura, ricordarsi del suo Virgilio-», etc. Écrivez, s’il vous plaít: «profondo, sommo, espresso, letteratura sans l’adjectif, ricordarsi di Virgilio», etc. Gardez-vous surtout de dire «taccio», comme vous avez fait deux fois, lorsque vous voudrez dire «je baise». Dites «bacio»; car «Baccio» veut dire «Barthèlemy», qui est un nom de baptème, comme vous savez. En voilá suffisamment sur le compte de vos deux pitoyables lettres au pape Lambertini.

Le soi-disant avocat Goldoni, qui, prenant les choses á la rigueur, n’est pas plus avocat que vous étes acadèmicien de la Crusca, a publiè dans une de ses prèfaces une autre petite lettre italienne de votre manufacture, á lui adressèe. Dieux, la sotte composition, quoiqu’elle ne contienne que huit á dix lignea! Après lui avoir donne par manière de titre les appellatifs pleins d’affectation de «peintre et fils de la nature», <(. pittore e figlio della natura y>, lui qui n’en est que le barbouilleur et le bátard, considéré en sa qualitè d’auteur, vous lui dites que vous l’aimez dès le temps que vous le lisez: «Vi amo dal tempo eh’ io vi leggo». Sachez que cela ne va pas, et qu’en italien on ne lit pas plus un homme qu’un cheval. En italien on ne lit que les ouvrages bons ou mauvais qu’un homme a ècrits, et non l’écrivain lui-méme. Nous ne disons pas non plus d’un homme, qu’il «invente avec l’imagination et qu’il écrit avec l’entendement», «im uomo che inventa colla fantasia e scrive col senno». Ces deux phrases ne sont italiennes ni frangaises: ce ne sont que deux barbarismes. Pour parler á notre mode, de