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Dans votre Essai sia- la poesie épiqtie de toutes les nations, imprimé en deux langues, vous avez dit á l’article du Tasse, qu’«Ubaldo et son compagnon sont transportés aux íles Canaries dans un petit bateau par une vieille». Oui: vous avez dit «vieille» en fran^ais, et votre traducteur anglais a dit «old womanyy, qui signifie «vieille femme». Fi donc, monsieur l’académicien de la Crusca! Lisez, un bon dictionnaire á la main, les dix-huit vers par lesquels le Tasse a décrit cette femme (0, et vous la verrez tout á coup métamorphosée en une demoiselle pour le moins aussi jolie et aussi galamment habillée que la Gabrielle de votre Henriade, personnage très peu poétique et par conséquent très peu intéressant, pour vous le dire chemin faisant. Comment me persuaderez-vous, á propos de cette prétendue vieille, que vous avez lu plusieurs fois lo. Jériisalem délivrée, vous qui ne vous étes point aperQU de votre grosse bévue dans le long cours de cinquante années bien complètes? Peuton avoir l’effronterie de louer ou de blámer le Tasse, quand on ne l’a pas méme assez lu pour pouvoir distinguer s’il est question d’une jeune ou d’une vieille, dans une longue description d’une femme?

(i) Voici la description que le Tasse a fait de cette «vieille femme >» au commencement du qninzième chant:

Vider Redola nave, e in poppa quella che guidar gli dovea, fatai donzella.

Crinita fronte ella dimostra, e ciglia cortesi e favorevoli e tranquille, e nel sembiante agli angioli somiglia, tanta luce ivi par ch’arda e sfavilU. La sua gonna or azzurra ed or vermiglia diresti, e si colora in guise mille, si ch’uom sempre diversa a sé la vede, quantunque volle a riguardarla riede.

Cosi piuma talor. che di gentile amorosa colomba il collo cinge, mai non si scorge a se stessa simile, ma in diversi colori al sol si tinge: or d’accesi rubin sembra un monile, or di verdi smeraldi il lume finge, or insieme li mesce, e varia e vaga in cento modi i riguardanti appaga.