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Laurent de Médicis, Politien, Pulci, Machiavel, Guichardín, Berni, Firenzuola, Michel-ange le jeune, Bellini, etc, de méme que leurs sots disciples Arioste, Caro, Tasse et plusieurs autres; des gens bien résolus, dis-je, de faire oublier ces barbons-lá, ne pouvaient assurément s’y mieux prendre que d’admettre monsieur de Voltaire dans leur corps; d’autant plus qu’il leur envoya «une dissertation sur quelque point d’ histoire naturelle» ’’^) fort jolie, á ce qu’on en dit dans le temps, et très bien bigarrée de toscan et de fran9ais.

Voilá un des principaux motifs qui procurèrent l’honneur en question á monsieur de Voltaire. Sa modestie a toujours soigneusement cache au public les bonnes raisons de son élection á ce poste éminent, parce qu’il n’a jamais trop chéri les louanges; mais enfin, quoique je ne puisse convenir avec lui que Shakespeare soit un gille de village, j’aime á déterrer les anecdotes qui lui font honneur, et á mettre dans tout leur jour les justes raisons qui l’ont fait élever au grand poste dont il jouit.

Mais laissons en paix pour le présent ces bons académiciens de la Crusca (2) d’aujourd’hui, que je voudrais bien pouvoir appeler les «académiciens de la /farina», comme j* ai toujours appelé leurs dévanciers.

JVon ragionar di lor, ma guarda e passa.

Écrivons plutót encore un chapitre ou deux pour vous prouver, monsieur de Voltaire, que si vous étes á bien des lieues avant que vous atteigniez á la langue anglaise, vous n’avez guère employé de temps pour apprendre l’italienne, quoique vous soyez académicien de la Crusca et quoique, selon votre louable coutume, vous en parliez toujours, de méme que des livres en icelle écrits, avec une pétulance qui á grand’peine siérait bien á un grand-due de Toscane.

(i) C’est monsieur de Voltaire lui-mènie, qui, quelque part dans ses ouvrages, uous a informe de cela. Mais la pauvre Dissertation est perdue. Quel dommage ! (2) «Crusca» signifie «son» en francais et «braíi» en anglais.