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CHAPITRE SEPTIÈME

Quand vous implorátes le secours de l’Académie de la Crusca ’^ ’ contxe le sieur Letourneur, je presume, monsieur de Voltaire, que vous n’y entendítes d’autre finesse que de faire ressouvenir messieurs de l’Académie frangaise comme quoi vous avez l’honneur d’étre aussi membre de cet autxe auguste corps; ce qui implique que votre connaissance dans la langue italienne est tout aussi profonde que votre savoir dans la frangaise.

Je n’entrerai point ici á faire l’énumération des divers et louables motifs qui ont fait résoudre cette Académie, jadis si célèbre et si utile á l’Italie, á vous admettre parmi ses membres sous le nom du «malinf ai- inalo ^ . Il suffit d’informer mes lecteurs qu’ayant été (il ne me souvient plus dans quelle année) très sagement déterminé par ces académiciens, á la pluralité des voix, «de reformer leur langue devenue beaucoup trop caduque, et de n’écrire désormais qu’un italien abondamment Iarde de gallicismes», ils crurent ne pouvoir mieux faire que de s’associer un écrivain tei que monsieur de Voltaire (^í, étant bien súrs que dans ses nombreux tomes ils auraient trouvé, sans prendre beaucoup de peine, des millions et des milliards de ces gallicismes, dont plusieurs d’entre eux sont devenus fort friands depuis environ une trentaine d’années, comme en font foi les écrits de ceux qui sont aujourd’hui le plus en vogue dans la ville et territoire de Florence.

Des gens bien résolus dans le grand et louable dessein de fabriquer un nouveau langage et de faire oublier á leur patrie ses anciens barbons, c’est-á-dire, Dante, Pétrarque, Boccace,

(i) Voyez sa lettre á messieurs de l’Académie fran9aise, dans laquelle les académiciens de la Crusca sont tirés comme par les cheveux.

{2) L’histoire dit que quelques-uns d’entre les vieux membres s’opposèrent á cette élection; mais les escadrons les plus nombreux sont toujours ceux qui gagnent les batailles.