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que le mot anglais «scholar» signifie «savant, homme de lettres». — Les docteurs — a-t-il dit — sont quelquefois savants et hommes de lettres; ainsi, quoiqu’il se trouve des soldats qui ont quelque sorte de littérature, n’allons point traduire: «Parielui, toi qui es homme de lettres, toi qui sais plus que moi», mais traduisons: «Parie-lui, docteur», ou faisons accroire au lecteur que c’est lá le sens de la chose. Cela fera rire, et quiconque sait faire rire, a presque toujours raison. — Mais est-on bien honnéte, quand on fait de ces petites supercheries aux auteurs que nous traduisons en vue d’en donner une juste idée aux gens? N’entrons pourtant point dans ces petits détails, et ne faisons point le catalogue des innombrables infidélités de cette méprisable espèce, dont monsieur de Voltaire a été coupable envers Shakespeare, gráce en partie á son ignorance et en partie á sa malice. Ce serait un ennui trop long pour ceux qui n’entendent point r anglais. C’est assez de les assurer que le discours du soldat au spectre, si ridicule dans la traduction de monsieur de Voltaire, fait frissonner dans l’originai. C’est assez de leur dire que le monologue d’Hamlet réfléchissant au mariage precipite et incestueux de la reine sa mère avec son onde, n’est pas du tout bouffon dans Shakespeare, maistrès simple et très pathétique, quoiqu’il ne soit qu’une bouffonerie pitoyable dans la prétendue traduction de monsieur de Voltaire. C’est assez de leur dire... quoi? Que monsieur de Voltaire n’entend l’ anglais qu’autant qu’on peut l’entendre á l’aide d’un dictionnaire, et que presque tout ce qu’il a dit de Shakespeare n’est qu’insolence, que malignité, que brutalité et que sottise.