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qui ont cultivé les lettres avec succès, il n’y en a aucun qui puisse se glorifier d’avoir une seule petite ode d’Horace, un seul petit épigramme de Martial rendu dans sa propre langue de manière á pouvoir faire face á son originai. Qui a jamais pu traduire une seule petite fable de La Fontaine en italien ou en anglais, sans lui óter toute cette naiveté qui en fait le mérite principal? Qui pourra jamais traduire en anglais ou en fran^ais un seul petit sonnet de Pétrarque, une seule petite stance d’une chanson de Metastasio, sans lui faire beaucoup perdre de cette gráce ou de cette précision qui en fait toute le charme? Et monsieur de Voltaire ose dire á ses confrères académiciens, qu’il a traduit une pièce tout entière de Shakespeare d’une manière á leur donner une idée véritable de l’originai? En verité cet homme se moque de nous et s’imagine pouvoir nous conduire par le nez comme des buffles! Il n’a point traduit le Jides Cesar de Shakespeare: il l’a assassine. Le Jules Cesar de Shakespeare plaít á tous ceux qui entendent l’ anglais. La traduction de monsieur de Voltaire fait rendre les boyaux á quiconque entend le frangais. Appelle-t-on cela donner chose pour chose?

Entre les beautés poétiques, on en trouve dans les poèmes épiques, soit anciens soit modernes, d’une certaine espèce á qui, faute d’un meilleur appellatif, je donnerai celui d’«indigènes». C’est de cette espèce de beautés qu’il est difficile de tirer ben parti dans telle langue moderne que ce soit, et singulièrement dans la fran^aise. Qu’on s’évertue tant qu’on veut, les beautés indigènes des autres pays ne sauraient aucunement prospérer en France. Ce sont des palmiers qui donnent de bonnes dattes en Afrique. Transplantez-les sur la còte de Gènes, ils ne produisent plus rien que des feuilles.

Qu’on aille, par exemple, en belle prose á la Fénelon, ou bien en beaux vers á la Corneille, faire descendre de l’Empirée ou du mont Olympe, des dieux et des déesses, l’épée á la main, pour se battre avec des gens de ce monde, ou transformer des soldats et des matelots en cochons et en porcépics, comme a fait Homère; qu’on aille représenter des serpents