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CHAPITRE CINQUIÈME

Dans le nombre des erreurs Httéraires que monsieur de Voltaire a toujours eu dans la téte, il faut compter comme une des principales cette ferme persuasion dans laquelle il a constamment été: que tout écrit qui ne fait pas bonne figure lorsqu’il est traduit en frangais ne peut étre que mauvais.

Je ne vous dis pas que monsieur de Voltaire nous dise cela en autant de mots. Mais n’en dit-il pas autant d’une manière indirecte, lorsqu’il bláme comme un défaut, ou qu’ il vilipende comme une absurdité, ce qui ne parait pas bon quand il est ainsi traduit?

Il a bien soupgonné quelquefois que certains mots d’une 1 angue ne répondent pas toujours exactement á leurs prétendus équivalents dans une autre. Il a méme entrevu qu’on ne saurait traduire tei ou tei autre beau vers par un autre vers également beau dans une langue differente, nous en donnant un exemple qu’il tire de sa propre Henriade:

Tel brille au second rang qui s’éclipse au premier.

Au lieu pourtant de nous donner ce seul vers, il aurait pu nous donner tous les autres de ce poème et de tous les poèmes qui existent, dont aucun n’a peut-étre pas un seul vers qu’on puisse rendre avec exactitude par un autre vers dans une autre langue, si le hasard ne s’en mèle grandement. On voit par sa remarque puerile que monsieur de Voltaire n’est que fort médiocrement verse dans les langues anciennes, et sans aucun doute très ignorant á l’égard des modernes. S’il entendait telle langue que ce soit seulement la moitié si bien qu’il entend son fran<;ais, ses soupgons sur ces deux points n’auraient point été faibles et passagers; mais il aurait été sur et certain que les mots traduits n’éveillent que très rarement dans l’esprit des lecteurs les mémes idées que les originaux. II aurait été sur et

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