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plusieurs; qu’il y a plus de caractères marqués dans chacun; que chaque acteur vient sur la scène pour faire ou pour dire quelque chose á lui, sans pourtant rompre le fil de l’action. Et n’allez pas vous flatter que les habitants de cette ile ne soient quc des pauvres gens en fait de goút et de critique ! Si Paris contient, comme monsieur de Voltaire l’assure, plus de trente mille bons juges de l’art dramatique, sachez qu’á Londres il y a beaucoup plus qu’un nombre égal de gentilhommes en état de lire Sophocle et Euripide. Il y a plus de gens capables de juger des auteurs grecs dans cette ile, que peut-ètre dans tout le reste de l’Europe. Farmi les dames de méme que parmi les messieurs, il serait aussi un peu difficile de trouver qui n’ait pas lu Corneille et Racine dans votre langue . Monsieur de Voltaire vous a dit que le Cato7i de Addison est la seule tragèdie raisonnable qu’on ait en Angleterre. Je ne vous assurerai pas qu’il y a plus de hardiesse que de vérité dans ce qu’il dit lá. Non: il n’y a que de l’ignorance de la langue anglaise, et c’est une habitude á lui de dire toujours courageusement tout ce qu’il veut dire, quoiqu’il ne sache trop souvent ce qu’il dit. Les anglais, dont j’ai lu les livres un peu plus réellement que n’a pas fait monsieur de Voltaire, les anglais, vous dis-je, ont un nombre considérable de ces tragédies qu’il appelle «raisonnables», c’est á dire, faites selon les préceptes d’Aristote, personnage très connu á Oxford, á Cambridge, á Westminster, á Eton, á Winchester et dans plusieurs autres écoles, soit publiques soit privées, de r Angleterre, sans compter celles de l’Écosse et de l’Irlande. Les anglais ont aussi bon nombre de pièces fort bien traduites de Corneille, de Racine et de monsieur de Voltaire, comme il n’a pas manqué de vous le dire lui-méme maintes fois. Leur langue, débarrassée au théátre du lien de la rime, se prète de fort bonne gráce au sublime, au tendre, á l’élégant de ces trois grands hommes. Les fran9ais, que je sache, n’ont pas une seule pièce tirèe du théátre anglais. Je vous dis donc vrai, quand je vous dis qu’en fait de théátre les anglais ont plus de richesses que les franQais, puisqu’ils ont leurs propres pièces régulières, leurs propres pièces irrégulières, et, par dessus, les