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pièces á la frangaise rassasient, parce qu’elles ne sont point susceptibles d’une variété aussi grande que celles faites á l’anglaise. Ces beaux entretiens de Cinna avec Auguste; ces beaux récits de Théramène et d’Isménie; ces confidents et ces confidentes qui écoutent si patiemment des longues histoires, afin que les audite urs sachent au préalable de quoi il va ètre question; ces coupes de poison tantót avalées par mégarde, tantót exprès; ces coups de poignard qui tuent si régulièrement au cinquième acte le tyran ou la maitresse entre les coulisses, de peur d’ensanglanter la scène; et autres choses semblables, qui n’arrivent janiais dans le cours ordinaire de la vie qu’on vit aujourd’ hui dans toute la chrétienté; et, pardessus tout cela, ce langage uniquement théátral, toujours trop farci de gros sentiments, qui ne conviennent qu’á des héros imaginaires, ou bien de sentences trop souvent renfermées dans une antithèse: un temps viendra qu’on ne pourra plus les souffrir et qu’on exilera du théátre á la bibliothèque les oeuvres de Corneille et de ses imitateurs. J’ai vu moi-méme le Cid admirablement bien joué á Paris, il n’y a pas longtemps. Hélas! la recette dut étre bien mince. Monsieur de Voltaire lui-méme ne se plaint-il pas de cela? Il reproche quelque part aux parisiens, qu’ils vont plus volontiers au Palais-royal et aux Italiens qu’á la Comédie; qu’ils préfèrent les fétes vénitiennes au Polieucte, au Bajazet; que la musique, la danse, les opéras comiques l’emportent sur des chef-d’ oeuvres qui font tant d’honneur á la France et á l’esprit humain. Il a raison quand il fait de ces reproches á ses concitoyens; mais il a tort quand il en cherche la cause dans la corruption du goút. C’est dans la nature de l’homme qu’il devait la chercher, dans cette invincible nature, qui se lasse, malgré elle, du bon quand il est uniforme. Les habits galonnés sont bien plus beaux que les habits simples, mais on n’aime pas d’étre toujours dorè sur toutes les coútures. Les perdrix rouges sont excellentes, mais l’ont ne saurait vivre de perdrix rouges. Qu’on me passe ces comparaisons usées. Le C£is de Bajazet et de Polieucte n’est pas encore le cas de Hamlet et de Macbeth. La raison en est que ceux-ci contiennent plus de choses; qu’au lieu d’un événement, ils en contiennent