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l’ardeur de notre courage et l’empéche d’agir vigoureusement, qui force nos plus bouillants désirs á se lenir dans une láche inactivité !

Hamlet fait cette espèce de méditation d’un ton calme et sans le moindre emportement. Au moment qu’il va appliquer ses remarques á sa situation, il apergoit son amante, ce qui l’empéche d’achever le soliloque.

Monsieur de Voltaire, après s’étre fait une traduction verbale de ce passage, il le retraduit en vers avec un tapage d’éloquence et de sentiments á la Scudéri, qui s’éloigne beaucoup trop de l’originai. Voici ses vers:

Demeure, il faut choisir, et passar á l’instant de la vie á la mort et de Tètre au néant! Dieux justes, s’il en est, éclairez mon courage: faut-il vieillir courbé sous la main qui m’outrage, supportar ou finir mon malheur et mon sort? Qui suis-je? qui m’arréte? et qu’est-ce que la mort? C’est la fin de nos maux, c’est mon unique asyle: après de longs transports, c’est un sommeil tranquille. On s’endort et tout meurt; mais un afireux rèveil doit succèder peut-étre aux douceurs du sommeil. On nous menace; on dit que cette courte vie de tourments étemels est aussitót suivie. O mort ! moment fatai ! affreuse étemité ! tout coeur á ton seul nom se giace épouvanté! Eh! qui pourrait, sans toi, supporter cette vie? de nos fourbe ; puissants bénir l’hypocrisie? d’une indigna maitresse encenser les erreurs? ramper sous un ministre, adorer ses hauteurs, et montrer las langueurs de son áme abattue á des amis ingrats qui détournent la vue? La mort serait trop douce en ces extrémitès; mais le scrupule parie et nous crie: — arrètez; — il dèfend á nos mains cet ,heureux homicide et d’un héros guerrier fait un chrétien timide.

Après une tirade si bruyante, légèrement saupoudrée de quelques pensées impies, je demande si l’on peut conclure que