Pagina:Baretti - Prefazioni e polemiche.djvu/220



berne au seuI Shakespeare. Que de bévues et de contradictions ! que de louanges et de blámes péle-méle, selon le vent qui soufflait quand il écrivait! Mais gardons cela pour tantót: il faut auparavant dépécher ses preuves.

Monsieur de Voltaire a traduit en fran^ais quantité de morceaux anglais. Il en a traduit plusíeurs en prose, plusieurs en vers; plusieurs librement, et plusieurs mot-á-mot. A l’égard des morceaux de Shakespeare, qu’ il a traduit en vers et librement, je n’ai autre chose á dire si non qu’en les retraduisant de son frangais en anglais, on ne les reconnaítrait pas plus pour des morceaux de Shakespeare, que s’ ils étaient tirés des livres de Zoroastre. Pour rendre les six monosyllabes «To be, or not to be», par lesquelles un soliloque d’Hamlet commence, il a employé deux de ces grands vers qu’on appelle «alexandrins», dont chacun a douze syllabes, et manqué tout net le sens du soliloque par dessus le marche. Voici le sens de ce soliloque selon l’explication qu’en donne monsieur Johnson dans ses notes sur Shakespeare.

— Avant que de résoudre — dit Hamlet — comme il faut que je m’y prenne pour agir en homrae sage dans un cas aussi atroce que le mien, il me faut examiner si l’homme continue ou non á exister après cette vie. Ce point décide, je serais en état de déterminer s’il convient mieux á mon noble caractère d’homme d’endurer patiemment les sanglants outrages que le sort me fait, ou bien s’il faut que je coure m’en venger hautement, au perii de ma vie. Si quiconque meurt ne faisait que s’endormir et finissait par lá cette multitude de chagrins et de misères dont il est actuellement assiégé, il ferait fort bien á se procurer le sommeil de la mort. Mais si après la dissolution du corps, nos facultés ne cessent d’ exister, dans quelle sorte de réves seronsnous plongés du moment que ce sommeil commencera? Hélas! C’est cette considération, qui porte l’homme á vivre malgré toutes les calamités qui l’entourent! sans la crainte de l’avenir, qui voudrait les souflFrir, doué comme il est du pouvoir de les achever tout-á-coup par le moyen d’un fer aiguisé? C’est cette crainte qui donne de l’efficace á notre conscience; qui amortit