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CHAPITRE PREMIER

II faut convenir que monsieur de Voltaire a pris d’étranges peines et s’est donne furieusement du mouvement, pour persuader au monde qu’il a l’anglais au bout de ses doigts. Mais quelles preuves nous a-t-il donne pour que nous nous en i>ersuadions? Les voici.

Il a jadis imprimé sous son nom deux petits traités en langue anglaise: voilá une première preuve qui paraít bien forte. Boni Il a traduit en fran^ais quantité de morceaux anglais: voilá sa preuve seconde. Il a parie á plusieurs reprises de Shakespeare dans plusieurs de ses préfaces, discours, dédicaces, avantpropos, avis au lecteur, notes, remarques, lettres, dissertations, essais et autres pièces pareilles: voilá sa troisième et demière preuve. Mais ces preuves soutiennent-elles l’ examen?

Je conviens que les deux traités en anglais sont tous deux écrits qu’on ne saurait mieux. L’un a pour sujet Les guerres civiles de France, l’autre La poesie épique. La fa<;on generale de penser dans l’un et dans l’autre me ferait croire qu’ils sont de lui, si ce n’était que l’anglais y est trop anglais. Il n’y a pas le moindre mot de travers dans aucun des deux, pas la moindre phrase qui cloche, pas le plus petit gallicisme, le moindre tour qui sente l’étranger, le moindre verbe auxiliaire méplacé. Tout est exactitude, légèreté, aisance, élégance d’un bout á l’autre.

Avant pourtant de convenir que ces deux essais soient sortis de sa tète habillée á l’ anglaise, il faut se rappeler qu’il les a publiés ici á Londres un peu avant ou un peu après sa trentième année, et n’ayant employé, de son aveu, guère plus d’un an á étudier l’anglais. Tout homme qui possedè parfaitement deux langues ne se persuaderá pas bien vite qu’il soit possible,