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Le gran poète de l’avenir 247

pelerai qu’en passant l’art poétique de Ronsard et son précepte à un poète de l’avenir: «Tu te montreras religieux et craignant Dieu.» Si ma vision de l’avenir n’est qu’une ombre du passé, le maître dont les grands traits y sont plus clairement reconnaissables est Victor Hugo. Je n’hésite pas à le proclamer; notre siècle a eu des poètes qui ont possédé le sens de la mesure, la finesse du goût, la clarté et la précision des idées à un degré beaucoup plus éminent que Victor Hugo, mais pas un d’entre eux n’a su concevoir et peindre d’une manière aussi sublime qu’il l’a fait, en vers et en prose, la grandeur morale de l’ceuvre qu’un poète complet pourrait nous ‘donner. La préface du recueil les Rayons et les Ombres, la préface des Voix intérieures, l’ode «Fonction du poète», suffiraient pour le démontrer. Dirat-on que Hugo se glorifiait soi-même dans le poète qu’il idéalisait et que ces morceaux magnifiques d’inspiration et d’élan lui étaient dictés par l’orgueil? Si c’était de l’orgueil, qu’il soit béni, car il y a loin de cet orgueil qui gravit les marches de la gloire en proclamant la souveraineté de ce qui est éternel et infini, à l’orgueil qui s’en fait un escabeau pour se montrer soi-même à la foule sur le faîte de tout ce qui existe, dans une pose d’athlète vainqueur, Je ne pense pas que Hugo