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Le gran poète de l’avenir 235

à la mobilité de l’agrégat social la stabilité de la nature humaine. Lorsque la division des fonctions sociales n’était qu’ébauchée, le poète, représentant suprême de l’intelligence, a pu réunir en soi les fonctions de docteur universel, de législateur et d’oracle, être adoré comme un demi-dieu ou au moins vénéré comme un sage. Maintenant ce ne sont pas précisément les oracles de la sagesse qu’on demande aux poètes, et on les traite en conséquence, on s’étonne qu’ils se mêlent de philosophie ou de législation, qu’ils prennent des allures de moralistes, quoiqu’on ait gardé, par atavisme, le culte des grands poètes du passé, qu’on aime encore à citer où l’on fait et où l’on applique les lois. Mais la nature humaine n’a point changé, la sensibilité poétique n’a point faibli chez l’individu moderne, elle s’est seulement localisée de plus en plus. Je ne dirai pas qu’elle ait perfectionné son organe ; il faut pourtant admettre qu’une certaine conception moderne de la beauté poétique, fort défectueuse sans doute, aide à le rendre plus délicat. Mais l’observation des faits intellectuels et moraux est toujours difficile, ses données gardent nécessairement une empreinte si personnelle que l’observateur lui-même est parfois troublé par la crainte d’avoir analysé cette matière dans son laboratoire intérieur sans une suffisante