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ration, que ceux du bonhomme Denina (’) de Turin, surnommé < l’ottuso». Peut-étre je me trompe en donnant mon suffrage á l’ombre du roi de Danemark, et j’ai grand tort en me moquant de la babylonienne, de méme que de son tonnerre et de son glaive: mais je ne me trompe point ni j’ai tort, quand je dis que le revenant danois est effrayant, puisque j’ai pour moi l’aveu respectable de monsieur de Voltaire lui-méme dans sa préface á sa Sémiramis. «L’ombre du pére de Hamlet — dit-il dans cette préface — est un des coups de théátre les plus frappants. Il fait toujours un grand effet sur les anglais: je dis sur ceux qui sont les mieux instruits... Cette ombre inspire plus de terreur á la seule lecture que n’en fait naitre l’apparition de Darius, dans la tragèdie d’ Eschyle intitulée Les perses. Pourquoi? parce que Darius, dans Eschyle, ne parait que pour annoncer les malheurs de sa famille; au lieu que, dans Shakespeare, l’ombre du pére d’ Hamlet vient demander vengeance, vient révéler des crimes secrets. Elle n’est ni inutile ni amenée par force: elle sert á convaincre qu’il y a un pouvoir invincible, qui est le maitre de la nature».

C’est lá ce que monsieur de Voltaire a su dire á l’avantage de Shakespeare, quand il a cru en avoir besoin pour soutenir son ombre de Ninus. Que nous sommes heureux quand les gens ont ou croient avoir besoin de nous! On nous loue, on nous cajole de si bonne gráce! Mais parce que le reste de la pièce d’ Hamlet n’a rien de commun avec sa SémÌ7’amis , monsieur de Voltaire change subitement de ton dans cette préface méme, et l’appelle un ouvrage «grossier et barbare, qui ne serait pas supporté par la plus vile populace de la France et de l’Italie». Que n’a-t-il ajouté que la plus vile populace d’Italie, á plus

Ridolfi «il rifiorito», Berti «lo smunto», Dati «il sollo», etc. etc. Les sobriquets des académiciens de nos jours sont caractéristiques. Il y en a un, par exemple, qu’on appelle «l’infranciosalo», un autre «il lang-uidaccio», un autre «il semimorto», un autre «il fastidioso», etc. etc. Voilá pourquoi Manni est surnommé «il ricadioso».

(i) Carlo Denina n’est point de l’Académie de la Crusca, mais il n’en est pas moins «l’ottuso», sur mon honneur.