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en ordonnant á la reine de respecter sa cendre. Outre qu’il y a quelque chose de comique dans cet amour que l’ombre sur la scène montre pour la cendre qui est dans la tombe en toute súreté, la reine n’a rien fait, ni rien dit, qui indique la moindre envie de perdre le respect á l’ombre, á la cendre ou» á la tombe. Au contraire, elle a très humblement demandé permission de se jeter aux genoux de l’ombre, et cette humilité me parait assez respectueuse envers la cendre de l’ombre.

Je m’adresse á présent á tous mes lecteurs depuis Pétersbourg jusqu’á Naples, comme a fait monsieur de Voltaire dans son pian de la tragèdie d’ Hamlet, ou bien je m’adresse á l’Académie de la Crusca, comme il a fait dans sa lettre á l’Académie fran9aise, et je les prie de me dire laquelle des deux ombres a mieux jouè son róle et sait mieux le mèder de revenant. Est-ce celle de Shakespeare, qui est effrayante, quoi qu’elle se présente tranquillement aux spectateurs, et qu’elle parie d’un ton triste sans montrer la moindre colere, ou celle de monsieur de Voltaire, qui se fait dévancer par le tonnerre, et qui apostrophe Ninias d’un air terrible, mena^ant ensuite Sémiramis de la faire mourir tòt ou tard?

Quant á moi, qui, en fait d’ombres, je les aime mieux mornes que fanfare nnes, je dis que, sans le tapage du tonnerre, la pauvre ombre du monarque babylonien serait d’un ridicule insupportable, malgré ses grosses paroles á Ninias, qui, n’ayant jamais vu Ninus et ne sachant point le secret de sa propre naissance, ne saurait absolument deviner que c’est lá son ombre, ni comprendre son galimatias mystèrieux, qui ne contribue pas du tout á l’avancement de l’action.

Voilá mon opinion, que je soumets néanmoins au jugement de mes chers acadèmiciens de la Crusca et nommément á celui d’entre eux qui s’appelle Domenico Maria Manni, sumommè «/■/ ricadioso» (’>, dont j’ai les ouvrages en aussi grande véné (i) C’est une loi fondamentale chez cette Académie de donner un sobríquet ridicule á chacun de ses membres au moment de sa reception. Quand elle fut instituée, on donnait ces sobríquets au basard: ainsi on nomma Salviati «l’infarinato»,

G. Bafktti, Prefazioni e polemiche. 17