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jamais nommer «le roi de France», sans que ses yeux jettent des étincelles? Cette idée ne se présente á son esprit que son coeur ne s’élève á l’instant de cent toises plus haut que lui.

Fouillons maintenant dans le orane de mon «sguaiato» de florentin, et voyons ce qu’il contient quand il dit «il re di Francia». Cela sera bientót fait. Je ne vois rien lá-dedans, si non qu’il y a au pays de France un roi, dont il a lu bien des fois le nom dans la Gazette de Livourne.

— C’est un roi fort puissant, á ce qu’on dit, et qui fait bien souvent la guerre á l’empereur et aux anglais. Mais a-t-il dans son pays un palais aussi beau que le palazzo Pitti! A-t-il des plafonds peints par Pietro da Cortona? A-t-il une aussi belle galene que notre galleria de’ Medici^ une aussi belle chapelle que la cappella di San Lorenzoí Affé di mio, che nolla beo\

Cherchez jusqu’á demain dans ce cráne quand le vilain prononce les quatre mots, vous n’y trouverez que de ces idées pouilleuses, de ces images demi-mortes, et pas plus de sentiment que dans une souche. Tout est petit dans les petits pays. Il y a du petit, du très petit, mème dedans les cránes les plus grands. Il y a au contraire du grand, du sublime, du poétique dedans les plus petits cránes aux grands pays. Venez donc me dire derechef que «le roi de France» signifie exactement et partout «il re di Francia»! Vous vous moquez de moi, monsieur de Voltaire, avec vos traductions mot-á-mot! Savez-vous bien que quand les gens prononcent votre nom méme, il s’en faut qu’ils se traduisent les uns les autres? Oui, monsieur. En nous donnant des morceaux de Shakespeare dans votre langue, vous avez cru que vous traduisiez des idées, des images, des sentiments. Savez-vous ce que vous avez traduit? Des lettres d’un alphabet par des lettres d’un autre alphabet, et rien davantage, malgré tous vos grands airs et vos tons si souverainement décisifs.

En voilá assez; trop peut-ètre pour ce qui regarde la difficulté de rendre simplement les mots par d’exacts équivalents. AUons après cela nous flatter de pouvoir rendre la poesie d’une nation dans la langTje d’une autre nation! Farmi les peuples modernes