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pouvoir dans notre monarquel Que nous sommes tous petits dans son auguste présence! \’oyez ce Versailles, oú j’ai trotté á pied dimanche passe! Voyez Trianon, le Petit \’ienne, Choisi, Meudon, Bellevue, Fontainebleau, Saint-Germain, Compiègne, et tant d’autres maisons qu’il a. N’y a-t-il pas lá de quoi loger tous les rois de l’univers? Mais que dis-je de ses palais? Voyez seulement sa cuisine! Que de cuisiniers, de sous-cuisiniers, de gfar<;ons, de marmitons, de goujats, sans compter les contròleurs, les intendants, les sous-intendants, les clercs, les aides et tant d’autres employés ! Il est bien beau á ces gens-lá de manger tous tant qu’ils crèvent et du plus fin! Diable! IIs vous croquent des grives et des gélinottes méme en carème ! Et pourquoi ^á? Farce qu’ils appartiennent au roi. Mais le voilá qu’il passe. Il s’en va au parlement tenir son lit de justice. Que de gardes á pied et á cheval! que de seigneurs et de princes! Et ces princes-lá sont-ils de palile? Ma foi, pas! Chacun d’eux entretient plus de cent laquais, dont le moindre ne me ferait pas l’honneur d’étre mon compère! Pourquoi? Parce qu’ils appartiennent á des seigneurs au service du roi. Mais le voilá qu’il revient. Ah, les beaux carrosses et les beaux chevaux! Que de mouvement, que de remue-ménage dans tout Paris lorsqu’il y vientl Et si c’était temps de guerre, ce serait bien encore une autre paire de galoches ! Morbleu ! on le verrait prendre le chemin de Lille ou celui de Strasbourg, á la téte de deux cents mille hommes. C’est ^á qui fait trembler la terre de.ssous ses pieds! Tenez, mon ami: il n’aurait qu’á le vouloir, et je serais marquis dans l’instant. Il n’aurait qu’á dire: — He, qu’on donne cent mille écus á cet homme-lá; — j’aurais les cent mille écus en poche aussi sur que me voilá. Ciel, quel monarque ! Qu’il est bon! qu’il est grand! qu’il est puissant! On est bien glorieux d’étre fran^ais: on est au moins son sujet, Dieu le bénisse !

Voilá un étrange brimborion d’idées vertes et jaunes, qui sont pourtant toutes péle-mèle dedans le cráne de mon bonhomme toutes et quantes fois il prononce les quatre mots. Et peut-il jamais les prononcer sans emphase, sans enthousiasme?