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ferait crever les gens de rire. Le bas peuple, qui en France ne lit guère, n’entend pas plus Corneille que s’il parlait algebre. Je ne bláme pourtant pas ces auteurs sur le compie de leur style et de leur langue. Leur théátre demande l’artificiel sur ces deux points, et l’on serait ridicule, absurde méme, si l’on ne se conformait pas á ce qu’il demande. En Norvège, il faut doubler nos habits de martre quand il fait froid: en Calabre le satin suffit. Loin de blámer l’artificiel des poètes tragiques de France, je sens une peine momentanee quand je lis dans la Sentir amis de monsieur de Voltaire: «La nièce de mon maitre», «vous le verrez ici», «savez-vous bien», «j’attends une réponse», et autres pareilles phrases qui sont trop du discours naturel. Mais revenons aux trois unités.

Gens raisonnables de France et de tous pays, dites-moi un peu la raison pourquoi on ne nous donnera dans un drame qu’un événement seul de la vie d’un quelqu’un, et non pas deux, trois, et davantage, s’il peut les contenir sans en crever?

Monsieur de Voltaire, ennemi déclaré des spectacles chargés d’événements, me répond que ce serait-lá le peintre qui nous donnerait des actions différentes sur la méme toile. Mais catte comparaison est-elle bien juste? Si l’on veut se contenter d’une comparaison au lieu d’une raison, je dirai que ce serait le peintre qui nous donnerait une galerie dans le goút á peu près de celle du Luxembourg, oíi différentes actions des tnémes personnages sont représentées dans plusieurs tableaux placés dans un ordre successif.

— Mais encore, Aristote a dit que dans une pièce de théátre, il faut représenter un événement unique, afin que l’attention des spectateurs ne soit point dissipée et coupée, pour ainsi dire, en plusieurs troncjons.

— Et qui a dit á Aristote que l’attention des spectateurs se dissipe ou se coupé en suivant plusieurs événements qui tiennent les uns aux autres dans une représentation, dont la durée ne va pas plus lá que trois ou quatre heures? Qu’Aristote disc ce qu’il veut, j’oppose á son autorité l’expérience de Shakespeare, de Lope de Vega et de plusieurs autres, qui nous ont fait voir