Pagina:Baretti - Prefazioni e polemiche.djvu/231



des étrangers. Pendant quatre siècles il n’a pas été plus connu en France que Confucius; et c’est vous-méme qui l’avez enfia attiré chez vous. Mais de quelle fagon? En lui arrachant sa grande perruque et sa robe de velours cramoisi, et l’habillant en Polichinelle. Vous avez fait plus. Vous avez biffe impitoyablement du catalogne des poètes épiques les noms de l’Arioste et du Boiardo, pour y mettre ceux de Trissino, de Camoèns, d’Ercilla, et surtout le vótre, quoique, entre nous soit dit, vous ne soyez tous quatre que de fort petits cadets vis-á-vis ces deux caporaux-lá. Je vous le répète, mon cher monsieur. Qu’on dise dans tout pays autant de bétises qu’on veut sur le compie des grands poètes étrangers, qu’on les tourne en ridicule, qu’on leur casse bras et jambes, qu’on leur coupé méme le cou; personne n’y prend garde, personne ne s’en formalise. Qu’on les loue, il n’en est ni plus ni moins. S’est-on seulement avisé de tirer son chapeau au nom du Tasse, quand le caprice vous vint de le mettre au dessus d’Homère? A-t-on donne la moindre chiquenaude á Dante quand il vous prit fantaisie de le travestir en Polichinelle? Vous en avez été pour vos frais. Mes italiens se sont moqués de vous, et vos fran^ais ne se souviennent pas seulement que vous ayez parie de ces deux étrangers. Que d’exemples ne pourrais-je pas vous apporter pour vous faire toucher au doigt qu’aucun poète n’a du bonheur que dans la contrée qui l’a vu naítre ! Ne vous allarmez donc point á propos de toutes les balivernes que vous avez écrit sur Shakespeare. Que Letourneur traduise á tour de bras tant qu’il lui plaira, jamais vos compatriotes ne jetteront leurs regards sur le poète des anglais; et plutót que d’aller le lire dans une version en plusieurs volumes, qui ennuyera comme toutes les versions ennuient, i!s trouveront que c’est beaucoup plus commode de s’en tenir aux idées que vous leur en avez donne. Souffrez donc que je vous dise dans le style de Metastasio:

Rasserena i dolci lumi,

et ordonnez á La Ramée qu’il nous apporta une bouteille. Un verre de vin vous guérira des vapeurs.